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Inédit à l’OMC : après l’échec de la CM14 de Yaoundé, 25 membres dont les États-Unis relancent entre eux le moratoire sur les transmissions électroniques

[Digital Business Africa] – Moins de 48 heures après l’échec de la 14e Conférence ministérielle (CM14) à Yaoundé sur la question du commerce électronique, un groupe de 25 membres – dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, Singapour, la Suisse, l’Australie et plusieurs pays d’Amérique latine – a annoncé, le 1er avril 2026, une initiative plurilatérale pour maintenir entre eux le moratoire sur les droits de douane sur les transmissions électroniques.

Cette décision marque une rupture historique : pour la première fois, un groupe de membres de l’OMC choisit de prolonger entre eux une règle multilatérale qui n’a pas pu être renouvelée par consensus.

Un moratoire “sauvé” en dehors du cadre multilatéral

Dans leur déclaration conjointe, les 25 membres affirment leur “déception” face à l’incapacité de la CM14 à Yaoundé à prolonger le moratoire en vigueur depuis 1998.

Ils rappellent qu’un compromis avait été trouvé dans le texte du facilitateur, prévoyant une extension « d’une durée sans précédent », mais que ce compromis n’a pas été adopté faute de consensus.

Face à cette impasse, ils annoncent une mesure inédite :

Ils s’engagent à ne pas imposer de droits de douane sur les transmissions électroniques entre eux, à titre temporaire.

Cette décision s’applique à toutes les transmissions électroniques, y compris leur contenu, et restera en vigueur jusqu’à la prochaine réunion du Conseil général de l’OMC.

Pourquoi cette initiative est-elle importante ?

  1. Elle contourne l’échec de Yaoundé

La CM14 est la deuxième conférence ministérielle où le moratoire n’a pas été renouvelé.

Cette initiative plurilatérale permet aux membres favorables au moratoire de préserver la stabilité du commerce numérique entre eux.

  1. Elle crée un précédent institutionnel

C’est la première fois qu’un groupe de membres décide de maintenir une règle multilatérale… sans l’OMC dans son ensemble.

Cela ouvre la voie à une OMC « à plusieurs vitesses », où les coalitions de volontaires avancent sans attendre le consensus.

  1. Elle répond aux pressions du secteur privé

Plus de 100 organisations professionnelles mondiales avaient appelé à un moratoire permanent.

Les 25 membres affirment répondre à cette demande afin de garantir la prévisibilité et la certitude aux entreprises du numérique.

Et pour les autres pays, notamment les pays africains ?

L’initiative ne s’applique qu’entre les 25 membres signataires.

Les autres pays – dont la majorité des pays africains – restent libres :

– d’imposer des droits de douane sur les transmissions électroniques,

– ou de maintenir une pratique de non-taxation.

En clair, le moratoire n’existe plus à l’échelle mondiale, mais il subsiste au sein d’un « club numérique » de 25 membres.

Pour l’Afrique, cela signifie :

– une opportunité fiscale (taxer les flux numériques transfrontaliers),

– mais aussi un risque de fragmentation du commerce numérique mondial,

– et la nécessité de définir rapidement une position continentale.

Un enjeu direct pour le Cameroun

Le Cameroun, hôte de la CM14, n’est pas signataire de cette initiative.

Il conserve donc la possibilité :

– d’instaurer des droits de douane sur les transmissions électroniques,

– ou de maintenir la pratique actuelle de non-taxation.

Dans un contexte où le pays cherche à élargir son assiette fiscale, cette décision plurilatérale pourrait accélérer les réflexions nationales sur la fiscalité numérique.

Une OMC à la croisée des chemins

Ce rebondissement montre que :

– le multilatéralisme classique est fragilisé,

– les coalitions de volontaires prennent de l’importance,

– le commerce numérique devient un terrain de rivalité géopolitique,

– et l’Afrique doit définir une stratégie claire pour ne pas subir les décisions des autres.

La prochaine réunion du Conseil général en mai 2026 sera déterminante :  le moratoire plurilatéral survivra-t-il ?  Une nouvelle négociation multilatérale sera-t-elle lancée ?  Ou l’OMC basculera-t-elle durablement vers un modèle fragmenté ?

Les 25 membres signataires

1. Argentine

2. Australie

3. Costa Rica

4. Équateur

5. Guatemala

6. Islande

7. Israël

8. Japon

9. Corée du Sud (République de Corée)

10. Malaisie

11. Mexique

12. Nouvelle-Zélande

13. Macédoine du Nord

14. Norvège

15. Panama

16. Paraguay

17. Pérou

18. Singapour

19. Suisse

20. Territoire douanier distinct de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu

21. Royaume‑Uni

22. États‑Unis

23. Uruguay

Par Digital Business Africa

 

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