[Digital Business Africa] – La cybersécurité s’impose désormais comme un pilier incontournable de la transformation numérique africaine. Réunis au GITEX Africa Morocco 2026 à Marrakech, décideurs publics, experts et acteurs du numérique ont dressé un constat sans équivoque : face à la montée en puissance des cyberattaques, les réponses nationales isolées ne suffisent plus.
Au cœur des discussions, le sommet Strategic Digital Defence AI Readiness (STAR), organisé en partenariat avec la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information, a mis en lumière l’urgence de bâtir une stratégie coordonnée à l’échelle continentale. L’objectif est clair : structurer une défense collective face à une cybercriminalité en pleine expansion.
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. En Afrique, les pertes liées à la cybercriminalité sont estimées à près de 5 milliards de dollars par an. Les organisations du continent subissent en moyenne plus de 3 000 attaques hebdomadaires, un niveau supérieur à la moyenne mondiale.
Dans ce contexte, l’essor de l’intelligence artificielle agit comme un accélérateur de risques. Si elle offre de nouvelles capacités de défense, elle complexifie également les modes opératoires des cybercriminels, rendant les attaques plus sophistiquées et plus difficiles à détecter. Les approches traditionnelles de cybersécurité montrent ainsi leurs limites.
Pour Abdellah Boutrig, directeur général de la DGSSI, la priorité est de dépasser les cadres nationaux pour mettre en place des mécanismes de coopération efficaces entre États, institutions et secteur privé. Au-delà de la technologie, les échanges ont insisté sur la nécessité d’une vision stratégique intégrée, combinant investissements, partage d’informations et renforcement des capacités.
La question des compétences constitue également un point critique. Le continent fait face à un déficit important de professionnels qualifiés en cybersécurité, accentuant la vulnérabilité des infrastructures critiques. Les participants ont appelé à des investissements massifs dans la formation, notamment en direction des jeunes, afin de bâtir une main-d’œuvre capable de sécuriser durablement les écosystèmes numériques africains.
Autre enseignement majeur : malgré les avancées technologiques, le facteur humain demeure la principale faille. Plus de 95 % des incidents de cybersécurité seraient liés à des erreurs humaines ou à un manque de sensibilisation. Dès lors, l’éducation aux usages numériques et le développement d’une véritable culture de cybersécurité apparaissent comme des leviers essentiels.
À travers ces échanges, GITEX Africa confirme son rôle de plateforme stratégique pour penser la souveraineté numérique du continent. À Marrakech, la cybersécurité s’affirme désormais comme un enjeu structurant, à la croisée des impératifs technologiques, économiques et géopolitiques. Un chantier continental appelé à s’inscrire durablement au cœur des priorités africaines.
Par Loic SOUOP








