[Digital Business Africa]- Yaoundé, capitale politique du Cameroun, accueille depuis le 26 mars 2026, la 14ème Conférence ministérielle de l’OMC (CM14). Les Etats, les organisations de la société civile et les experts débattent des réformes de l’OMC. L’un des sujets qui divisent jusqu’à présent est celui relatif au renouvellement ou non du moratoire sur les transmissions électroniques. Dans cet entretien avec Digital Business Africa, le Canadien John Bescec, Président de la CCI, (Commission mondiale des douanes et de la facilitation du commerce) et Directeur des questions douanières et commerciales chez Microsoft, livre le point de vue du Canada.
Digital Business Africa : La grosse question attendue à ce rendez-vous mondial de l’OMC, c’est le moratoire sur les transmissions électroniques. Quelle est votre attente à ce sujet ?
John Bescec : Mon attente concernant le moratoire est, en premier lieu, que nous le rendions permanent afin de ne pas avoir à le rouvrir tous les deux ans, ni à le renouveler. De nombreuses études ont été menées dans différents pays sur la manière dont cela pourrait aider les pays en développement à se connecter aux marchés internationaux car, tout est désormais numérique. Vous avez un produit, mais vous devez être connecté au marché international. Et si les pays imposent des droits de douane, il deviendra plus coûteux pour les petites entreprises et les entrepreneurs de pouvoir se permettre d’étendre leurs marchés en dehors de leur propre juridiction. Je vois donc dans le moratoire, une excellente opportunité de pouvoir réduire les coûts, de collecter davantage de recettes grâce à la TVA, grâce aux impôts, et le pays en bénéficiera également. Si le droit de douane a été appliqué, il n’existe cependant aucun processus pour le percevoir. Cela deviendrait très administratif et les pays devraient embaucher beaucoup plus de personnel pour effectuer ce travail, afin de percevoir très peu d’argent. Donc ce ne serait pas dans l’intérêt des pays d’y mettre un terme. De nombreux pays le comprennent, et j’espère que les chiffres qu’ils ont examinés suffisent à les convaincre que leur économie peut croître plus vite et être plus forte si le moratoire sur les droits de douane se poursuit. S’il est interrompu, il sera très difficile de poursuivre la croissance numérique car, elle deviendra plus coûteuse.
Digital Business Africa : Quelle est la position de votre pays le Canada sur la question du maintien ou non du moratoire ?
John Bescec : Le Canada est d’accord pour le moratoire. Le Canada plaide pour le renouvellement du moratoire, pour le pérenniser afin de ne plus avoir à en parler. Les preuves sont là, les chiffres montrent la croissance, surtout pour l’Afrique, pour les économies en développement. Donc, cela n’aurait vraiment aucun sens si le moratoire était supprimé. Du point de vue des entreprises, j’attends de nous que nous maintenions le moratoire moral afin de ne pas avoir à créer de nouvelles procédures de perception des droits de douane. Car c’est beaucoup trop coûteux. Percevoir 1 dollar et devoir en dépenser 2. Cela n’aurait aucun sens.
Digital Business Africa : Est-ce à dire que l’introduction de nouvelles procédures ferait-elle saigner le portefeuille électronique du client ?
John Bescec : Effectivement. Parce que maintenant, si vous achetez et téléchargez un film, par exemple, vous payez le film et la TVA. Si vous ne payiez pas la TVA, vous devriez la payer. Comment le déclareriez-vous à la douane ? Quand ? Qui le déclarerait ? Le client le déclarerait-il ? Quelqu’un chez lui ? Comment feraient-ils ? Diraient-ils : « D’accord, tous les films que nous regardons ici à Yaoundé doivent passer par une autre société ? » Nous allons créer une autre société et elle vous vendra le film ? Cela rendra le prix plus élevé. Plus on ajoute de procédures, plus on coûte cher, plus on dépense de l’argent avec un moratoire. Actuellement, lorsque vous envoyez un SMS à l’étranger, qui va payer ? La personne qui reçoit votre message. Lorsque vous passez un appel téléphonique à l’étranger, est-ce que la personne va payer ? Tout est numérique.
Digital Business Africa : L’OMC va-t-elle progresser sur la question des réformes, notamment sur le plan disciplinaire ?
John Bescec : Le monde a changé, le monde des affaires a changé, donc les règles doivent aussi changer. J’espère qu’ils pourront élaborer un plan pour mener à bien la réforme. Pas seulement des paroles, mais des actes. Et les pays, s’ils sont membres de l’OMC, ils doivent respecter les règles. Si un pays ne respecte pas les règles, il doit y avoir des conséquences. Qu’il soit grand ou petit, peu importe. L’OMC est le moteur de la croissance qui favorise la stabilité. L’instabilité est un problème pour les entreprises, car elle rend très difficile l’investissement dans un pays. Lorsqu’un pays ne respecte pas les règles, on se dit que c’est trop risqué.
Digital Business Africa : Les récentes décisions du président Trump sur les tarifs douaniers créent plutôt de l’instabilité dans le monde et l’OMC ne réagit visiblement pas…
John Bescec : L’OMC contribue à instaurer cette stabilité dans le monde. C’est le message que j’espère voir passer à cette conférence. C’est vrai que lorsqu’il y a un risque, lorsqu’il y a de l’incertitude, lorsqu’un pays ne respecte pas ses engagements, c’est un problème pour une entreprise qui essaie de faire des affaires dans ce pays-là. Car, comme le pensent les entreprises, si un pays ne respecte pas les règles de l’OMC, pourquoi accepterait-il les activités commerciales qui s’y déroulent ?
Je ne dis pas qu’il faut punir, je dis simplement qu’il faut aider. S’ils acceptent certaines règles, s’ils ont besoin d’aide, s’ils ont besoin de renforcement des capacités, il faut les aider. Mais s’ils disent non, nous ne les suivrons pas. Mais face aux attitudes contraires au commerce internationale, il faut des conséquences car d’autres pays pourront faire la même chose. Par exemple, le Canada est grand géographiquement, petit en termes de population, petit du point de vue commercial. Et nous, nous dépendons des règles existantes. Et si les règles ne sont pas respectées, alors il devient très difficile de faire des affaires.
Digital Business Africa : Vous êtes en Afrique, précisément en terre camerounaise. Le Cameroun a-t-il le potentiel de challenger les autres économies du monde ?
John Bescec : C’est ma première fois au Cameroun, et de ce que j’ai vu, je répondrai par oui. Il y a beaucoup d’opportunités, beaucoup de jeunes qui ont tellement d’idées commerciales et je pense qu’ils ont besoin d’aide pour que ces idées puissent se connecter aux marchés extérieurs. Je pense que le gouvernement a un rôle à jouer pour les aider et je pense que les pays qui veulent faire des affaires au Cameroun ont également un rôle à jouer pour les aider. Parce que, selon moi, il le faut. On ne cherche pas seulement à vendre au Cameroun, il faut pouvoir importer du Cameroun. Parce que le commerce est bidirectionnel, il n’est pas à sens unique. Pour qu’il y ait un bénéfice, il faut un partenariat. Et je pense qu’il y a une formidable opportunité de développer et de renforcer ce partenariat. J’espère que cette session à l’OMC ouvrira le marché. J’étais à un atelier hier et tellement de personnes veulent savoir comment développer leur activité. Et je pense que ces échanges permettent de découvrir quel est votre produit, quel est votre service. Les services sont un excellent moyen d’ouvrir des portes sur le marché international. Et je pense qu’il y a énormément de talent ici. Je pense que c’est une formidable opportunité.
Entretien avec Valgadine TONGA









