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Burkina Faso : l’État impose aux géants télécoms de bâtir localement, au risque de peser sur l’investissement numérique

[Digital Business Africa] – Le Burkina Faso renforce son cadre réglementaire à l’égard des grandes entreprises. Réuni en Conseil des ministres le jeudi 12 février 2026, le gouvernement a adopté un décret obligeant les sociétés réalisant un chiffre d’affaires annuel d’au moins 5 milliards FCFA sur les trois derniers exercices à construire leur siège social sur le territoire national. Une mesure qui concerne directement les opérateurs de téléphonie mobile, parmi les entreprises les plus actives économiquement dans le pays.

Le texte fixe des normes de construction différenciées selon la taille des entreprises, réparties en quatre catégories, couvrant des chiffres d’affaires allant de moins de 10 milliards à plus de 100 milliards FCFA. L’objectif affiché est double : ancrer davantage les grandes entreprises dans l’économie locale et renforcer l’urbanisme moderne dans les pôles stratégiques.

La catégorie A, réservée aux entreprises générant au moins 100 milliards FCFA de chiffre d’affaires annuel, impose la construction d’un immeuble d’au minimum R+7, avec parking souterrain et en surface, intégrant des critères d’efficacité énergétique. Deux opérateurs télécoms sont concernés : Moov Africa et Orange Burkina Faso.
Selon les données de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), Onatel a enregistré un chiffre d’affaires de 117,19 milliards FCFA en 2024, après 111,76 milliards en 2023 et 120,83 milliards en 2022. Orange Burkina Faso affiche, pour sa part, 332,91 milliards FCFA en 2024, contre 299,93 milliards en 2023 et 251,77 milliards en 2022.

Telecel Faso relève de la catégorie C, qui concerne les entreprises dont le chiffre d’affaires est compris entre 10 et 50 milliards FCFA. Celles-ci doivent ériger au minimum un immeuble R+4 avec parking en surface. L’opérateur a réalisé 40,44 milliards FCFA en 2024, après 42,41 milliards en 2023 et 45,68 milliards en 2022.

Les entreprises concernées disposent d’un délai de six mois pour soumettre leurs dossiers à une commission interministérielle, puis de 36 mois pour achever les travaux. Pour accompagner la mesure, l’État prévoit des exonérations sur les matériaux de construction et la possibilité d’acquérir des terrains aménagés auprès de la Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR).

Cette politique est déjà en phase d’exécution. Le 3 février, Moov Africa a posé la première pierre de son futur siège dans la zone d’activités commerciales et administratives (ZACA) de Ouagadougou. Implanté sur une parcelle d’environ 7 000 m², le bâtiment, un R+5 extensible en R+7, représente un investissement estimé à 9 milliards FCFA. Les autorités y voient un symbole de modernité, de souveraineté numérique et d’engagement en faveur du développement durable.

Un arbitrage délicat entre immobilier et infrastructures numériques

Reste toutefois une interrogation majeure : ces nouvelles obligations immobilières ne risquent-elles pas de réduire la capacité d’investissement des opérateurs télécoms dans les réseaux ? Le gouvernement affiche pourtant des ambitions élevées en matière de transformation digitale, avec la généralisation du haut débit, l’accélération du déploiement de la fibre optique et l’extension des infrastructures dans les zones blanches.

En août 2024, la ministre de la Transition digitale, Aminata Zerbo Sabane, indiquait que le taux de couverture de la téléphonie mobile atteignait 85 %, contre 64 % pour l’Internet 3G et 46 % pour la 4G. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), le taux de pénétration d’Internet au Burkina Faso s’élevait à 17 % en 2023, contre 55,9 % pour la téléphonie mobile.

À cela s’ajoute l’absence de 5G commerciale, dont le déploiement requiert des investissements lourds. Une étude publiée en 2022 par Ericsson estime le coût initial de lancement de la 5G entre 3 et 8 milliards USD, avec 20 à 35 % d’investissements supplémentaires nécessaires pour une couverture nationale.

Dans ce contexte, la nouvelle politique immobilière du Burkina Faso apparaît comme un choix structurant, mais dont l’impact réel sur la capacité d’investissement numérique des opérateurs devra être étroitement suivi, alors que le pays cherche à accélérer son intégration dans l’économie digitale régionale.

Par Loïc SOUOP

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