[DIGITAL Business Africa] – En marge de la 14ᵉ conférence ministérielle de l’OMC (MC14), un événement de haut niveau coorganisé avec le Centre du commerce international (CCI) a mis en lumière les avancées concrètes du Fonds WEIDE. La Directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, y a réaffirmé sa volonté de passer des paroles aux actes en mobilisant le levier numérique pour l’autonomisation économique des femmes.
Deux ans après son lancement symbolique à Abou Dhabi, le fonds « Women Exporters in the Digital Economy » (WEIDE) passe à la vitesse supérieure. Ce 25 mars 2026, lors de son allocution d’ouverture marquant un tournant décisif, la Directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala, a dressé un bilan opérationnel prometteur de cette initiative dédiée aux femmes entrepreneures opérant dans l’économie numérique.
De l’ambition à la concrétisation budgétaire
Le ton était pragmatique et résolument tourné vers les résultats. Rappelant son impatience passée face aux longs débats stériles, Ngozi Okonjo-Iweala a martelé :
« Aujourd’hui, je suis fière de dire : nous ne nous contentons plus de parler, nous agissons. Vous vous souvenez, j’avais dit que j’en avais assez des discours. Il est temps de passer à l’action. »
La preuve par les chiffres : le fonds WEIDE est désormais opérationnel. Ce mois-ci marque le premier versement de subventions, pour un montant total de 1,7 million de dollars. Actuellement, près de 300 femmes entrepreneures bénéficient déjà de ce soutien, combinant assistance technique ciblée et aide financière directe.
Cette phase opérationnelle fait suite à une sélection rigoureuse. Quatre organismes de soutien aux entreprises (OSE) ont été retenus via un modèle compétitif par pays, représentant la Jordanie, la Mongolie, la République dominicaine et, notablement pour le continent, le Nigéria.
Le numérique, catalyseur face au déficit de financement
L’engouement pour le programme révèle un besoin critique. Avec plus de 69 000 candidatures reçues, l’OMC et le CCI (dirigé par Pamela Coke Hamilton, saluée comme un partenaire clé) prennent la mesure du défi. Pour la DG de l’OMC, cette demande massive prouve que
« L’ambition est bien présente » et que les femmes sont prêtes, pourvu qu’elles reçoivent le soutien adéquat.
L’enjeu est crucial, car l’accès au capital reste le principal goulot d’étranglement. Ngozi Okonjo-Iweala a rappelé une réalité économique alarmante :
« À l’échelle mondiale, les entreprises dirigées par des femmes font face à un déficit de crédit estimé à 300 milliards de dollars dans l’économie formelle. Il ne s’agit pas seulement d’une contrainte, mais d’une occasion manquée de croissance mondiale. »
Dans ce contexte, le commerce numérique apparaît non seulement comme le segment le plus dynamique (avec une croissance de 10 % du commerce des services numériques en 2025), mais aussi comme un puissant levier d’inclusion. Il permet de réduire les barrières à l’entrée et de connecter directement les entrepreneures aux marchés mondiaux.
Objectif 2028 : tripler l’impact et réformer les politiques
Loin de se satisfaire de ces premiers succès, la dirigeante de l’OMC a fixé un cap ambitieux pour les deux années à venir : tripler le nombre de bénéficiaires pour atteindre au moins 1 000 femmes entrepreneures.
Pour y parvenir, la stratégie ne se limite pas aux programmes d’aide, mais vise également le niveau structurel et politique. Ngozi Okonjo-Iweala plaide pour une intégration systémique du genre dans l’architecture du commerce mondial.
« Je souhaite voir davantage d’accords commerciaux intégrant la dimension de genre – des accords qui reconnaissent les obstacles auxquels les femmes sont confrontées, qui promeuvent l’inclusion et qui luttent activement contre la discrimination. Car l’inclusion ne peut être une simple réflexion après coup ; elle doit être intégrée au système. »
Soutenue par des partenaires stratégiques tels que les Émirats arabes unis, le Qatar, le Royaume de Bahreïn et la FIFA, l’OMC, via son groupe de travail informel sur le commerce et l’égalité des sexes, s’attelle désormais à transformer l’essai. L’objectif final, comme l’a conclu la Directrice générale, n’est plus seulement d’inclure les femmes dans le commerce existant, mais bien de « repenser le commerce afin qu’il leur soit bénéfique ».
Par Loic SOUOP








