[Digital Business Africa] – Alors que la convergence entre la blockchain et l’intelligence artificielle redessine les équilibres économiques mondiaux, le Cameroun se dote d’une stratégie ambitieuse pour ne plus être un simple consommateur de technologies, mais devenir un acteur de sa souveraineté numérique.
La Blockchain Association of Cameroon (BAC) vient de publier une étude stratégique et d’annoncer une gouvernance renforcée pour porter cette vision sur la période 2026-2029.
Dans un contexte marqué par l’adoption du GENIUS Act aux États-Unis, la montée en puissance de la tokenisation des actifs du monde réel (RWA) et l’essor d’une IA souveraine en Afrique, le Cameroun entend prendre sa place.
La BAC, à travers une étude prospective intitulée « Étude Stratégique sur la Convergence de la Blockchain, des DLT et de l’Intelligence Artificielle au Cameroun : Perspectives et Roadmap 2026-2029 », pose un diagnostic sans complaisance et propose six axes stratégiques pour transformer l’essai.
Mais surtout, la BAC s’organise désormais autour d’une figure emblématique de la digitalisation des services publics au Cameroun, le DG de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo Akame. Décryptage de Digital Business Africa qui a consulté des documents internes de la BAC.
Une nouvelle gouvernance pour porter l’ambition
La nouvelle dynamique de la BAC s’incarne dans une évolution statutaire majeure. Lors d’une session extraordinaire tenue le 3 mars 2026, le Conseil des Membres d’Honneur de la BAC a décidé de passer d’une présidence honorifique à une présidence exécutive. Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo Akame a été désigné pour conduire cette nouvelle phase, succédant au Dr Henri Tafou, désormais conseiller général de la « Société savante » de l’association.
Dans sa lettre de prise de fonction du 20 mars 2026, le nouveau président exécutif insiste sur l’urgence opérationnelle :
« Ma présidence sera placée sous le signe de l’efficacité opérationnelle. Le passage d’une présidence honorifique à une présidence exécutive traduit notre volonté collective de ne plus seulement observer les mutations mondiales, mais de les piloter au profit du Cameroun. »
L’étude 2026-2029 : un diagnostic mondial et local
L’étude de la BAC, qui servira de document de référence pour le cycle stratégique 2026-2029, analyse en entonnoir les forces macro-économiques mondiales, les ambitions continentales de l’Union africaine et le cadre institutionnel camerounais (SND30, Stratégie nationale IA, Plan directeur d’industrialisation).
Parmi les grandes tendances identifiées :
– La convergence IA / DLT : L’intelligence artificielle agit désormais comme l’agent décisionnel des systèmes distribués, tandis que la blockchain apporte la traçabilité et la confiance nécessaires à des algorithmes souvent opaques.
– La tokenisation des actifs : Les bons du Trésor américain tokenisés représentent entre 7 et 9 milliards de dollars début 2026, preuve de l’institutionnalisation accélérée de ces technologies.
– Le partenariat UA-Google (février 2026) : Signé le 17 février 2026, cet accord vise à former 3 millions d’étudiants et d’enseignants d’ici 2030 et à développer une IA responsable conforme aux normes africaines.
Au niveau national, l’étude souligne des avancées significatives : la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle (SNIA) 2040, qui prévoit une contribution de l’IA à hauteur de 0,8 à 1,2 % du PIB et la création de plus de 12 000 emplois directs, ou encore le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH), doté de 1 500 milliards de FCFA, où la blockchain pourrait jouer un rôle clé dans la traçabilité et la sécurisation des titres fonciers.
Six axes stratégiques pour 2026-2029
Fort de ce diagnostic, la BAC propose une feuille de route structurée autour de six piliers :
- Plaidoyer pour un sandbox réglementaire : L’association entend se positionner comme l’interlocuteur technique de la COBAC et de la BEAC pour expérimenter des solutions de tokenisation sécurisées, dans le respect des équilibres monétaires de la zone CEMAC.
- Technologie au service de la souveraineté alimentaire (DLT x PIISAH) : Développer des registres distribués pour la traçabilité des filières (cacao, bois, coton) et automatiser les paiements des agriculteurs, en partenariat avec les ministères techniques et la Banque des PME.
- IA souveraine et éthique : Soutenir la SNIA en promouvant l’utilisation de la blockchain pour certifier l’intégrité des jeux de données utilisés pour l’entraînement du futur « GPT Cameroun ».
- Certification de masse et exportation de services : Lancer un programme de certification « Blockchain & AI Readiness » pour les administrations et le secteur privé, avec pour objectif de former 10 000 experts par an.
- Pôle d’excellence sous-régional en R&D : Travailler à la création du plus grand centre de recherche et développement d’Afrique centrale dédié à la blockchain et à l’IA.
- Souveraineté financière et levier de la commande publique : Faire de l’État le premier utilisateur des solutions portées par la BAC, en s’appuyant sur la digitalisation des marchés publics (plateforme COLEPS v2) et sur les dispositifs de marchés réservés aux startups locales.
Un appel à la collaboration multidimensionnelle
Dans son message du 20 mars 2026 à la communauté camerounaise du numérique, le nouveau président exécutif de la BAC lance un appel solennel à l’ensemble des forces vives de la nation et au-delà :
– Au secteur public : « Nous sommes vos partenaires pour sécuriser la commande publique et moderniser l’administration. »
– Au secteur privé : « La blockchain est votre outil de compétitivité. Ensemble, créons des solutions “Made in Cameroon” »
– Aux partenaires internationaux et à la diaspora : « Le Cameroun est le hub naturel de l’Afrique centrale. Nous vous offrons un environnement de co-création éthique et innovant. »
« La transformation structurelle de notre économie sera souveraine ou elle ne sera pas, » conclut Alain Olivier Noël Mekulu Mvondo Akame. « L’avenir est décentralisé. Bâtissons-le ensemble. »
Cameroun : exportateur de technologies souveraines
Alors que le Cameroun s’apprête à accueillir des événements majeurs, tels que e-Gov’A 2026, le salon de l’e-Gov et de l’innovation digitale en Afrique qui se tiendra du 14 au 16 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé sur le thème : « Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless », la BAC s’impose comme un acteur central de la réflexion et de l’action sur les technologies de confiance.
En combinant le plaidoyer institutionnel, le développement du capital humain et des projets concrets d’intérêt public, la BAC entend faire du Cameroun non seulement un simple consommateur, mais aussi un exportateur de technologies souveraines d’ici 2029.
Par Beaugas Orain DJOYUM








