[Digital Business Africa] – La Corée du Sud franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de puissance numérique. Le gouvernement sud-coréen a décidé d’allouer environ 3 000 des 10 000 unités de processeurs graphiques (GPU) sécurisées dans le cadre de son budget supplémentaire 2025 au lancement du « projet national d’IA 2026 », confirmant sa volonté de renforcer sa souveraineté technologique dans un contexte de compétition mondiale accrue autour de l’intelligence artificielle.
Porté par le ministère de la Science et des TIC, ce programme structurant vise à mutualiser les ressources publiques en calcul intensif afin de soutenir les projets stratégiques des différentes administrations. Selon les autorités, un total de 52 projets, issus de 25 ministères, ont été retenus à l’issue d’un processus de sélection rigoureux combinant expertises techniques et arbitrages stratégiques.
Parmi les initiatives prioritaires figurent notamment la transition vers les véhicules définis par logiciel (Software Defined Vehicles – SDV) et l’amélioration des systèmes de conduite autonome de bout en bout (E2E). Ces projets, pilotés par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Énergie, illustrent l’ambition de Séoul de consolider son avance dans l’industrie automobile intelligente, face à des concurrents comme les États-Unis et la Chine.
En parallèle, le ministère de la Science et des TIC entend accélérer le développement de modèles fondamentaux d’intelligence artificielle spécialisés par secteur (santé, industrie, défense, finance), une approche visant à réduire la dépendance aux solutions étrangères dominées par des acteurs comme OpenAI, Google ou Baidu.
Le dispositif inclut également un volet entrepreneurial, avec un soutien accru à la commercialisation de technologies d’IA développées par des start-up, sous la supervision du ministère des PME et des Start-ups. L’objectif est clair : transformer les capacités technologiques en valeur économique et en champions industriels locaux.
Dans un contexte marqué par la pénurie mondiale de GPU exacerbée par la demande croissante en IA générative le gouvernement sud-coréen adopte une approche disciplinée dans la gestion de ces ressources critiques. Le ministère de la Science et des TIC prévoit ainsi une allocation progressive des GPU à partir d’avril 2026, accompagnée d’un suivi mensuel de leur utilisation.
Les projets jugés insuffisamment performants ou ne respectant pas les critères d’utilisation pourraient voir leurs ressources retirées et réaffectées, traduisant une logique de performance et d’optimisation des investissements publics.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large observée à l’échelle mondiale, où les États intensifient leurs investissements dans les infrastructures critiques de l’IA, notamment les centres de calcul et les semi-conducteurs. À l’image de l’« AI Act » européen ou du « CHIPS and Science Act » américain, la Corée du Sud cherche à sécuriser sa place dans la chaîne de valeur mondiale de l’intelligence artificielle.
En concentrant ses ressources sur des projets à fort impact et en structurant un écosystème public-privé autour de l’IA, Séoul envoie un signal fort : celui d’une nation déterminée à ne pas subir, mais à façonner la prochaine révolution technologique.
Par Loic SOUOP









