[DIGITAL Business Africa] – Lever le moratoire sur les transmissions électroniques. La question est sur toutes les lèvres à la 14ᵉ conférence ministérielle (CM14) qui se tient à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026.
Lors de la conférence de presse de ce 26 mars 2026, Sofia Scassera, specialist on the digital economy, labour and development, a livré ses impressions sur ce qu’elle qualifie de relique du passé.
« Il y a trente ans, lorsque cette organisation a accepté de suspendre les droits de douane sur les transmissions électroniques, Internet était une curiosité. Les smartphones n’existaient pas. Le streaming n’existait pas.
Les plateformes numériques n’étaient pas des empires pesant des milliards de dollars qui façonnent les marchés du travail, les recettes fiscales et la politique industrielle à travers le monde. Le monde a changé au point d’être méconnaissable. Le moratoire, lui, est resté le même. Et c’est précisément là le problème ».
Il y a trente ans, les utilisateurs n’étaient pas dépendants des GAFAM (Google, Apple, Facebook/Meta, Amazon, Microsoft). Il y a trente ans, les modèles de langages n’exploitaient pas (pour la plupart) gratuitement les données des internautes pour maximiser les bénéfices.
« Le secteur des géants de la tech est devenu le plus rentable de l’histoire. Cinq entreprises technologiques américaines affichent aujourd’hui une capitalisation boursière supérieure à celle de la plupart des économies mondiales réunies. Les services numériques ont supplanté les biens physiques comme principal moteur du commerce mondial », a indiqué Sofia Scassera.
Meta Ads, avec Facebook et Instagram, offre un ciblage précis grâce aux données sociales et démographiques des utilisateurs. Google par exemple utilise l’IA pour améliorer ses algorithmes de recherche et ses publicités ciblées, tandis qu’Amazon optimise ses chaînes logistiques avec des systèmes prédictifs (solutions informatiques utilisant l’intelligence artificielle, des statistiques et des données historiques pour anticiper des événements, comportements ou tendances futurs).
Résultat : Mark Zuckerberg de Meta, Larry Page de Google et Jeff Bezos d’Amazon figurent dans le quinté des plus grosses fortunes. Le leader mondial du commerce en ligne domine le marché. Meta, avec ses plateformes Facebook, Instagram et WhatsApp, totalise environ 3,35 milliards d’utilisateurs actifs quotidiennement,
Sofia Scassera plaint les pays en développement.
« Ils attendent toujours. Pas d’industrialisation numérique. Pas d’industrie des semi-conducteurs. Pas d’infrastructure cloud. Quasi aucune plateforme numérique compétitive n’a été mise en place dans les pays du Sud. Les promesses de l’économie du savoir ne se sont jamais concrétisées pour les populations qui en avaient le plus besoin ».
Selon elle, le moratoire doit prendre fin à la CM14, non pas parce que des membres de l’OMC sont contre le commerce numérique, mais parce qu’ils aspirent à un monde où les fruits de la numérisation – la productivité, la connectivité, la richesse – sont partagés. Où un pays d’Afrique de l’Ouest ou d’Amérique du Sud a le même droit de construire son avenir numérique que la Silicon Valley a dû construire le sien.
Par Jean Materne Zambo








