[DIGITAL Business Africa] – À Davos, la
Guinée équatoriale mise sur la souveraineté des données et l’IA pour s’imposer comme hub numérique en Afrique centrale
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Au Forum économique mondial de Davos, la Guinée équatoriale n’a pas joué la carte de la simple visibilité diplomatique. Elle y a défendu une vision claire : faire du numérique, des données et de l’intelligence artificielle des piliers structurants de sa stratégie de développement et de son positionnement régional au sein de la CEMAC.
Le 20 janvier, le vice-président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mangue, à la tête d’une haute délégation en Suisse, a rencontré Kate Kallot, fondatrice et PDG d
’Amini, une entreprise technologique africaine spécialisée dans les infrastructures de données et les solutions d’intelligence artificielle adaptées aux réalités du continent.
Données, IA souveraine et 5G au cœur de la proposition
Lors de cette rencontre, Kate Kallot a présenté une proposition de collaboration stratégique visant à accélérer la transformation numérique de la Guinée équatoriale. Celle-ci repose sur plusieurs axes majeurs : le développement d’infrastructures de données modernes, le déploiement de capacités d’IA souveraines, le renforcement de la connectivité nationale – notamment à travers la 5G – ainsi que l’amélioration des services publics grâce aux technologies numériques.
Dans un message publié sur le réseau social X, le vice-président a souligné l’importance stratégique de cette démarche, déclarant notamment :
« Considérant que le monde moderne progresse de pair avec la technologie, nous avons officiellement invité Mme Kate Kallot à effectuer une visite de travail en Guinée équatoriale afin d’approfondir sa proposition, de rencontrer les ministères concernés et d’entamer une évaluation complète pour identifier les priorités, les lacunes et une feuille de route commune en vue de sa mise en œuvre. »
Selon Teodoro Obiang Nguema Mangue, l’approche proposée accorde une attention particulière à la souveraineté des données et au développement des compétences locales, deux enjeux devenus centraux pour les États africains soucieux de garder le contrôle de leurs infrastructures numériques et de maximiser l’impact économique de la transformation digitale.
Objectif Davos–CEMAC : faire de Malabo une porte d’entrée régionale du WEF
Dans la même dynamique, le vice-président équato-guinéen a également échangé avec Chido Munyati, directeur et chef de la région Afrique du Forum économique mondial. Au cœur des discussions : l’ambition de la Guinée équatoriale de devenir la porte d’entrée du Forum économique mondial pour la sous-région CEMAC.
Là encore, Teodoro Obiang Nguema Mangue a clarifié la vision politique portée par Malabo :
« La Guinée équatoriale aspire à devenir la porte d’entrée du Forum économique mondial pour la sous-région CEMAC. Pour atteindre cet objectif, nous devons renforcer l’intégration régionale, accroître le rayonnement international de notre pays et promouvoir des projets à fort impact, tant économiques que stratégiques. »
Les deux parties ont convenu de la nécessité de consolider le cadre de coopération entre la Guinée équatoriale et le Forum économique mondial, afin de renforcer l’engagement du pays en faveur du multilatéralisme et du dialogue public-privé, tout en consolidant sa position sur la scène économique régionale et internationale.
Une stratégie numérique à portée géoéconomique
À travers ces échanges à Davos, la Guinée équatoriale envoie un signal fort aux investisseurs, aux partenaires technologiques et aux institutions internationales : le pays entend dépasser une approche fragmentée du numérique pour adopter une vision intégrée, combinant infrastructures, données, compétences locales et coopération multilatérale.
En se positionnant à la fois comme futur hub numérique et comme relais institutionnel du Forum économique mondial en Afrique centrale, Malabo ambitionne de jouer un rôle moteur dans la transformation digitale de la zone CEMAC. Le véritable test résidera désormais dans la capacité des autorités à traduire ces annonces en projets concrets, structurés et mesurables, susceptibles de produire un impact durable sur l’économie et les services publics.
Amini IA, bâtir la souveraineté des données et de l’intelligence artificielle pour le Sud global

Fondée en 2022 et basée à Nairobi, Amini s’impose comme l’un des acteurs africains les plus ambitieux dans le domaine de l’infrastructure de données et de l’intelligence artificielle. Dirigée par sa fondatrice et PDG Kate Kallot, l’entreprise porte une vision claire : permettre aux pays du Sud global, longtemps cantonnés au rôle de simples fournisseurs de données brutes, de devenir des acteurs à part entière de l’économie mondiale de l’IA.
Chez Amini, la question n’est pas seulement de collecter des données, mais de savoir qui les contrôle, comment elles sont exploitées et surtout qui bénéficie de la valeur créée par l’intelligence artificielle. L’approche défendue par Kate Kallot vise ainsi à redéfinir l’IA non comme un produit importé, mais comme une ressource locale, conçue, développée et gouvernée localement, au service des priorités économiques, sociales et environnementales des pays africains et du Sud global.
Une ambition structurante pour le Sud global
Amini se donne pour objectif, à l’horizon de dix ans, de devenir l’épine dorsale de toute la chaîne de données collectées, traitées et distribuées dans le Sud global. L’entreprise mise sur une forte capacité de recherche et développement pour favoriser un véritable « leapfrog technologique », permettant aux économies émergentes de rattraper, voire de dépasser, certains modèles traditionnels de développement numérique.
Les chiffres clés illustrent l’ampleur de cette ambition : plus de 2,5 téraoctets de données utilisées pour l’entraînement de modèles, une présence active dans plus de 25 pays, plus de 1 000 sources de données intégrées, et près de 80 milliards d’hectares de terres analysées grâce aux technologies de données géospatiales et d’intelligence artificielle.
Une infrastructure deep tech au service de l’impact
La mission d’Amini consiste à fournir une infrastructure technologique de pointe sur laquelle d’autres acteurs – gouvernements, entreprises, institutions et startups – peuvent s’appuyer pour combler les écarts en matière de données et de capacités de calcul en Afrique et dans le Sud global.
Kate Kallot, une leader mondiale de l’IA déjà familière des enjeux d’Afrique centrale
Kate Kallot est une pro du numérique de premier plan et une figure reconnue de l’intelligence artificielle à l’échelle mondiale, engagée dans l’élargissement de l’accès aux technologies avancées en Afrique et dans le Sud global. Elle figure parmi les 100 personnalités les plus influentes de l’IA selon TIME et a été distinguée comme Tech Pioneer par le Forum économique mondial.
Elle est la fondatrice et PDG de Amini, une startup deep tech spécialisée dans la construction d’infrastructures souveraines de données et d’intelligence artificielle pour l’Afrique. À travers Amini, Kate Kallot œuvre à permettre aux États de contrôler, gérer et monétiser leurs propres données afin de générer une nouvelle croissance économique fondée sur la valeur locale de l’IA.
Un parcours au cœur des géants mondiaux de la tech
Avant de créer Amini IA, Kate Kallot a occupé des postes de direction stratégique au sein de plusieurs leaders mondiaux de la technologie. Chez NVIDIA, elle a dirigé les relations développeurs à l’échelle mondiale et piloté l’expansion de l’écosystème dans les marchés émergents. Elle a ensuite travaillé chez Arm, où elle a contribué au développement du mouvement TinyML, visant à démocratiser l’intelligence artificielle embarquée sur des dispositifs à faible consommation.
Chez Intel, elle a supervisé le développement du Neural Compute Stick, devenu le premier kit de développement IA au monde au format USB. Cette innovation a permis de déployer des capacités de vision par ordinateur et d’intelligence artificielle sur des millions d’objets connectés et de dispositifs edge et IoT à travers le monde.
Gouvernance, énergie et IA responsable
Au-delà de l’entrepreneuriat technologique, Kate Kallot est engagée dans les débats globaux sur la gouvernance et l’impact de l’intelligence artificielle. Elle occupe le poste de vice-présidente de la ICC Global Environmental and Energy Commission et siège au EY Global AI Advisory Council, où elle contribue aux réflexions stratégiques sur l’IA, la durabilité, l’énergie et les politiques publiques.
Une connaissance concrète de l’Afrique centrale
Kate Kallot connaît déjà les réalités de l’Afrique centrale. En décembre 2025, elle s’est rendue en République centrafricaine, en marge du Caucus africain 2025. À cette occasion, la techwoman centrafricaine d’origine congolaise a échangé avec des jeunes entrepreneurs, étudiants et innovateurs locaux.
Les échanges avaient porté sur le rôle du numérique comme levier de développement, la nécessité de concevoir des solutions technologiques adaptées aux contextes locaux et l’importance d’encourager la jeunesse à développer des innovations répondant aux besoins nationaux. Cette immersion renforce sa crédibilité auprès des pays de la sous-région Afrique centrale, engagés dans des stratégies de transformation digitale et de souveraineté des données.
Une interlocutrice stratégique pour les États africains
En combinant une expérience de très haut niveau dans les grandes entreprises technologiques mondiales, une reconnaissance internationale et une connaissance de terrain de l’Afrique centrale, Kate Kallot s’impose comme une interlocutrice stratégique crédible pour les gouvernements africains. Son approche, centrée sur des infrastructures d’IA souveraines et sur la création de valeur locale à partir des données, résonne avec les ambitions des États de la CEMAC qui souhaitent bâtir des économies numériques inclusives, maîtrisées et durables.
Un atout donc pour la Guinée équatoriale qui la recevra prochainement.
E-Gov’A, un cadre africain structurant pour la e-gouvernance
Les échanges engagés à Davos s’inscrivent dans une réflexion plus large portée sur le continent africain autour de la transformation numérique de l’État et de la modernisation des services publics. Cette réflexion trouve notamment un prolongement dans des plateformes africaines structurées comme E-Gov’A, le Salon de l’e-Gouvernance et de l’innovation digitale en Afrique, prévu du 14 au 16 mai 2026.
Porté par l’association Smart Click Africa, en collaboration avec Digital Business Africa, E-Gov’A est organisé autour du thème :
« Intelligence artificielle et e-gouvernance : bâtir des services publics efficaces dans une Afrique cashless et paperless ».
Ce salon organisé sous le patronage du Ministère des Postes et Télécommunications se positionne comme un espace de dialogue stratégique entre décideurs publics, administrations, régulateurs, entreprises technologiques, startups et partenaires au développement, autour des enjeux de digitalisation des services publics, de gouvernance des données, d’intelligence artificielle appliquée à l’administration et de souveraineté numérique.
Les discussions ouvertes entre la Guinée équatoriale et Amini à Davos illustrent précisément le type de partenariats structurants, orientés impact et mise en œuvre concrète, que cette plateforme panafricaine entend promouvoir.
Par Beaugas ORAIN DJOYUM