[DIGITAL Business Africa] – La publication, le 19 janvier 2026, de deux documents émanant du directeur général du Port autonome de Douala (PAD), Cyrus Ngo’o, n’était déjà pas anodine. Mais la convocation officielle émise le 21 janvier 2026 par la Présidence de la République vient désormais confirmer que le dossier du scanning des marchandises au port de Douala-Bonabéri a changé de dimension. Il ne s’agit plus d’un simple différend technique ou contractuel, mais d’un conflit institutionnel suffisamment sensible pour nécessiter un arbitrage présidentiel.
Dans un message-fax signé par le ministre d’État, Secrétaire général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, le Secrétariat général des services du Premier ministre, Séraphin Magloire FOUDA, est officiellement invité à se faire représenter à une réunion consacrée aux « difficultés liées au scanning des marchandises au Port Autonome de Douala (PAD) », prévue le mercredi 21 janvier 2026 à 11 heures précises, au Palais de l’Unité.
Cette convocation marque l’entrée formelle de la Présidence dans un dossier jusque-là géré à coups de correspondances administratives et d’instructions contradictoires.
Cette séquence institutionnelle éclaire d’un jour nouveau les initiatives de communication du DG du PAD. La lettre adressée au Directeur général des Douanes et le communiqué public diffusés le 19 janvier apparaissent, à la lumière de cette convocation, comme les derniers actes d’une stratégie de positionnement en vue d’un arbitrage au plus haut niveau de l’État.
Dans sa lettre au DGD (voir les extraits ci-dessous), Cyrus Ngo’o ne se contente pas d’informer. Il cherche clairement à convaincre un acteur-clé du dispositif : l’administration des douanes. Or, cette administration se trouve dans une position particulière. Elle est placée sous la tutelle technique du ministère des Finances, qui a explicitement demandé le maintien des opérations de scanning de SGS, conformément au contrat signé en 2015 entre l’État et l’entreprise.
Pour le directeur général des Douanes, se rallier ouvertement à la position du PAD reviendrait donc à s’écarter d’une instruction de sa tutelle directe. Ici, apprend-on, pour toute sortie du Port de Douala, la DGD demande aux importateurs les documents de la SGS.
Conscient de cette contrainte, le DG du PAD a adressé un argumentaire ciblé. Dans sa lettre du 19 janvier 2026 au DGD, il insiste sur la disponibilité immédiate et continue des images de scanning issues des opérations menées par Transatlantic D. S.A., sur leur qualité, et sur leur utilité directe pour les missions de gestion des risques et d’évaluation en douane.
Pour le DG du PAD, le message implicite est clair : le nouveau dispositif ne compromet ni les missions régaliennes de la Douane, ni la sécurisation des recettes fiscales.
Cyrus Ngo’o met également en avant des gains opérationnels mesurables, notamment l’amélioration de la productivité du terminal à conteneurs, passée de 22 à 28 mouvements par heure grâce au scanning immédiat après le déchargement. Une donnée importante, car elle relie la performance logistique à l’accélération de la mobilisation des recettes douanières, deux priorités majeures pour la Douane.
Le communiqué public publié le même jour renforce cette tentative d’alignement. En rappelant que, depuis le 2 janvier 2026, le seul paiement valide des frais de scanning est celui effectué auprès de Transatlantic D. S.A., le PAD pose un cadre présenté comme déjà effectif, invitant implicitement l’ensemble des importateurs et administrations, y compris la Douane, à s’y conformer.
Mais la convocation du SGPR du 21 janvier change profondément la lecture de cette séquence. Elle révèle que les contradictions entre le ministère des Finances, le PAD et les administrations opérationnelles ont atteint un seuil critique.
La coexistence de deux opérateurs de scanning, SGS, qui continue de facturer sur la base du contrat de 2015, et Transatlantic D, qui scanne sans facturer (donne qui changera selon le PAD) dans une phase dite expérimentale, a créé une zone d’incertitude incompatible avec la stabilité juridique et la crédibilité de l’action publique.
Cette réunion à la Présidence devrait trancher non seulement la question du prestataire de scanning, mais aussi celle de la cohérence de la gouvernance publique, de la hiérarchie des décisions administratives et du respect des engagements contractuels de l’État.
Dans ce contexte, les initiatives de communication du DG du PAD prennent une dimension stratégique évidente. Elles peuvent être lues comme une tentative de démontrer, documents à l’appui, que le système porté par le PAD est opérationnel, performant et compatible avec les missions douanières, afin de peser dans l’équilibre avant l’arbitrage à la Présidence.
Reste à savoir si cet arbitrage privilégiera la logique opérationnelle défendue par le PAD, la logique de sécurité juridique portée par le ministère des Finances, ou une solution intermédiaire permettant de sortir par le haut d’un conflit qui a déjà mis en lumière les fragilités de la coordination gouvernementale.
Une chose est certaine : avec l’entrée officielle de la Présidence dans le dossier, le conflit SGS vs Transatlantic n’est plus seulement un débat technique. Il est devenu un test majeur de la gouvernance et de l’autorité de l’État camerounais.
Par Digital Business Africa
Le COMMUNIQUÉ DU DG DU PAD N° 00041 – C1 /DG/PAD DU 19 JAN 2026
LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DU PORT AUTONOME DE DOUALA COMMUNIQUE :
THE GENERAL MANAGER OF THE PORT AUTHORITY OF DOUALA COMMUNICATES AS FOLLOWS:
- Les opérations d’inspection non intrusive des cargaisons (scanning) au Port de Douala-Bonabéri sont effectivement et exclusivement assurées depuis le 02 janvier 2026 par Transatlantic D. S.A., concessionnaire de ladite activité.
- Non-intrusive cargo inspection (scanning) operations at the Port of Douala-Bonabéri are effectively and exclusively carried out since January 2, 2026 by Transatlantic D. S.A., the concession holder for this activity.
- Afin d’éviter toute interruption de l’exploitation du port, les images du scanning de très bonne qualité sont, à première demande, rendues disponibles auprès de Transatlantic D. S.A., en fonction des missions et des besoins exprimés par chaque administration ou les opérateurs portuaires (Douane, Services de sécurité, Capitainerie, Douala Port Security, Chargeurs, etc.).
- To prevent any disruption to port operations, high-quality scan images are provided by Transatlantic D. S.A., upon request, in accordance with the specific tasks and requirements articulated by each respective administration or port operator (including Customs, Security Services, the Harbour Master’s Office, Douala Port Security, Shippers, etc.).
- À cet égard, il est rappelé que le seul paiement exigible et valide, depuis le 02 janvier 2026, au titre des frais de scanning dans le cadre des procédures de passage portuaire des marchandises au Port de Douala-Bonabéri n’est que celui effectué auprès de Transatlantic D. S.A.
- In this regard, the only payment due and valid for scanning fees within the framework of port passage procedures for goods at the Port of Douala-Bonabéri, since January 2, 2026, is only that made to Transatlantic D. S.A.
- Par conséquent, toutes les Administrations qui implémentaient le paiement du scanning sur la base de l’ancien système sont invitées à désactiver et à s’aligner immédiatement à la nouvelle procédure de scanning afin d’éviter le double paiement des frais de scanning aux chargeurs.
- Therefore, all Administrations that implemented scanning payment based on the old system are invited to deactivate it and immediately align with the new scanning procedure to avoid double payment of scanning fees by shippers.
- Par ailleurs, le système 100% scanning débuté le 02 janvier 2026 par le scanning des conteneurs à l’importation et à l’exportation s’étend désormais, depuis le 10 janvier 2026, à tous les véhicules importés. Tout conteneur ou tout véhicule dont les frais de scanning n’auront pas été dûment réglés ne sera donc pas autorisé à achever ses formalités de passage portuaire.
- Furthermore, the 100% scanning system, which began on January 2, 2026, with the scanning of import and export containers, has now been extended, since January 10, 2026, to all imported vehicles. Any container or vehicle for which scanning fees have not been duly paid will therefore not be authorized to complete its port clearance formalities.
DOUALA, LE 19 JANVIER 2026
DOUALA, 19th JANUARY 2026
LE DIRECTEUR GÉNÉRAL
THE GENERAL MANAGER
CYRUS NGO’O
Extraits de la Lettre du DG du PAD au DG des Douanes le 19 janvier 2026
« Objet : Mise à disposition des services de la Douane des images de scanning des marchandises au Port de Douala-Bonabéri par la société Transatlantic D. S.A.
LE DIRECTEUR GÉNÉRAL,
À
MONSIEUR LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DES DOUANES (DGD)
YAOUNDÉ
Monsieur le Directeur Général,
Faisant suite à ma précédente correspondance d’objet et de références susmentionnés, j’ai l’honneur de vous réitérer que depuis le lancement effectif des opérations de scanning des marchandises au Port de Douala-Bonabéri par la société Transatlantic D. S.A., concessionnaire de ladite activité, en date du 02 janvier 2026, dans le cadre du projet de sécurisation des recettes du Port de Douala/Bonabéri, les images issues desdites opérations sont à la disposition de vos services compétents pour les besoins d’accomplissement des formalités douanières, afin de consolider le processus de sécurisation des recettes douanières dans le cadre des procédures de passage portuaire des marchandises.
Par ailleurs, je voudrais vous faire connaître que le nouveau schéma logistique du scanning mis en place par le concessionnaire permet désormais de scanner les marchandises à l’importation immédiatement après leur déchargement du navire, contribuant ainsi à une amélioration substantielle des performances opérationnelles du Terminal à Conteneurs, dont les opérations portuaires qui sont de ce fait passées de 22 à 28 mouvements par heure. Cette amélioration de la productivité aura inévitablement une incidence positive sur les délais de mobilisation des recettes douanières, en raison de la réduction subséquente des délais des opérations de passage portuaire.
En outre, les opérations de scanning initialement limitées au trafic des conteneurs sont d’ores et déjà étendues aux véhicules importés et les images y afférentes sont également à la disposition de vos services compétents, à toutes fins utiles.
C’est donc l’occasion de souligner, pour vous rassurer, que les données du scanning habituellement utilisées à une gestion efficace des risques et à l’évaluation en douane sont disponibles auprès de Transatlantic D. S.A. pour les trafics susmentionnés et qu’aucune interruption du service susceptible d’entraver la mobilisation des recettes douanières ne peut être justifiée à nos jours par une quelconque indisponibilité desdites informations.
À cet égard et conformément aux conclusions et recommandations de la réunion tripartite DGD/PAD/Transatlantic D. tenue le 19 décembre 2025 dans nos locaux à Yaoundé, préconisant la mise en place urgente d’une Task force chargée d’élaborer le processus opérationnel du nouveau système de scanning, je vous remercie des dispositions que vous voudrez bien prendre, en liaison avec la société Transatlantic D. S.A., en vue de l’opérationnalisation d’un protocole efficace de transmission des données de scanning à vos services compétents. »








