[DIGITAL Business Africa]– L’administration américaine dirigée par Donald TRUMP s’apprête à durcir significativement les conditions d’entrée aux États-Unis, y compris pour les voyageurs issus de pays exemptés de visa. À l’origine de cette initiative : un projet de collecte élargie de données numériques, présenté par les autorités comme un outil de sécurité, mais qui soulève de vives inquiétudes en matière de respect de la vie privée.
Selon un avis publié dans le « Federal Register », le journal officiel des États-Unis, le gouvernement envisage d’exiger que les visiteurs étrangers exemptés de visa fournissent l’historique de leurs activités sur les réseaux sociaux sur les cinq dernières années. « L’ajout proposé des identifiants de médias sociaux comme élément de données obligatoire pour les demandes ESTA vise à renforcer le contrôle de sécurité nationale des voyageurs exemptés de visa », peut-on lire dans le document officiel.
Cette mesure cible principalement les ressortissants des pays membres du Visa Waiver Program (VWP), qui permet de voyager aux États-Unis pour un séjour touristique ou professionnel de moins de 90 jours sans visa, à condition d’obtenir une autorisation électronique de voyage (ESTA). Parmi les pays concernés figurent notamment l’Australie, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, Israël, le Japon et la Corée du Sud, ainsi que plusieurs autres partenaires des États-Unis.
D’après l’avis du « Federal Register », cette mesure pourrait entrer en vigueur dans un délai de 60 jours, sauf si elle fait l’objet de contestations judiciaires ou de modifications à l’issue de la période de consultation publique.
Jusqu’à présent, les ressortissants de 42 pays peuvent entrer aux États-Unis sans visa, moyennant uniquement une demande ESTA. Le nouveau texte propose d’ajouter les médias sociaux comme « élément obligatoire de données » dans ce processus.
Mais l’extension ne s’arrête pas là. Selon la Customs and Border Protection (CBP), l’agence américaine chargée du contrôle aux frontières, d’autres informations personnelles seraient également exigées :
- Les numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années ;
- Les adresses électroniques utilisées sur une période pouvant aller jusqu’à dix ans ;
- Des données détaillées sur les membres de la famille des demandeurs (noms, numéros de téléphone, dates et lieux de naissance, adresses de résidence).
Ces nouvelles exigences renforceraient considérablement les capacités de profilage numérique des autorités frontalières américaines.
Une mesure critiquée pour ses atteintes à la vie privée
Si l’administration TRUMP justifie cette initiative par des impératifs de sécurité nationale, des organisations de défense des libertés civiles et des experts du numérique dénoncent une ingérence accrue dans la vie privée, même pour des séjours de courte durée. Les pratiques de la CBP, déjà critiquées par le passé pour l’inspection de téléphones et ordinateurs portables aux frontières, sont une nouvelle fois pointées du doigt.
Cette proposition intervient à un moment stratégique pour les États-Unis, qui doivent accueillir, avec le Canada et le Mexique, la Coupe du monde de football 2026, un événement susceptible d’attirer des centaines de milliers de visiteurs étrangers.
Le secteur touristique américain subit déjà les effets d’un ralentissement des arrivées internationales. Le mois dernier, le gouvernement américain avait par ailleurs augmenté le prix d’entrée des parcs nationaux pour les touristes étrangers, une décision assumée par la Maison-Blanche comme visant à « donner la priorité aux Américains ».
Selon les prévisions de l’US Travel Association, les arrivées de touristes étrangers aux États-Unis devraient reculer de 6,3 % en 2025 par rapport à 2024, un déclin en partie attribué au durcissement des politiques migratoires et frontalières.
Si la mesure n’est pas encore définitivement adoptée, elle marque néanmoins une nouvelle étape dans la volonté de Washington de renforcer le contrôle numérique des frontières. En attendant l’issue de la consultation publique et d’éventuelles actions en justice, voyageurs, compagnies aériennes et acteurs du tourisme restent dans l’expectative quant à l’impact réel de cette réforme sur la mobilité internationale.
Par Loïc SOUOP








