[DIGITAL Business Africa] – Le Royaume-Uni durcit sa politique migratoire et place désormais le Cameroun parmi les pays visés par une mesure exceptionnelle de restriction des visas. Dans une annonce publiée le 4 mars 2026, le Home Office britannique a indiqué l’instauration pour la première fois d’un « emergency brake » (frein d’urgence) sur certains visas, après une hausse jugée préoccupante des demandes d’asile déposées par des personnes arrivées par des voies légales.

Cette décision concerne quatre pays : l’Afghanistan, le Cameroun, le Myanmar et le Soudan. Concrètement, Londres va mettre fin à la délivrance de visas d’études sponsorisés pour les ressortissants de ces États, tandis que les visas de travail qualifié seront également suspendus pour les ressortissants afghans.
Selon les autorités britanniques, cette mesure est motivée par l’augmentation rapide des demandes d’asile déposées par des étudiants entrés légalement au Royaume-Uni. Entre 2021 et 2025, ces demandes auraient progressé de plus de 470 % dans les quatre pays concernés. Au Cameroun et au Soudan, les demandes d’asile introduites par des étudiants auraient augmenté de plus de 330 % sur la période.
Le Home Office affirme également que le nombre de personnes demandant l’asile après une entrée légale au Royaume-Uni a fortement progressé ces dernières années. En 2025, ces cas représentaient 39 % des 100 000 demandes d’asile enregistrées dans le pays. Au total, plus de 133 000 personnes auraient demandé l’asile après être arrivées légalement au Royaume-Uni au cours des cinq dernières années.
Les autorités britanniques expliquent que cette situation pèse lourdement sur les finances publiques. Le système d’aide aux demandeurs d’asile coûterait actuellement plus de 4 milliards de livres sterling par an aux contribuables britanniques. Près de 16 000 ressortissants des quatre pays concernés bénéficieraient actuellement d’un soutien public, dont plus de 6 000 hébergés dans des hôtels.
La ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, prend une décision qu’elle qualifie d’« inédite ». « La Grande-Bretagne offrira toujours refuge aux personnes qui fuient la guerre et les persécutions, mais notre système de visas ne doit pas être détourné », a-t-elle déclaré. « C’est pourquoi je prends la décision sans précédent de refuser des visas aux ressortissants qui cherchent à exploiter notre générosité. »
Cette mesure s’inscrit dans un durcissement plus large de la politique migratoire britannique. Le gouvernement prévoit de présenter de nouvelles réformes législatives visant à « restaurer l’ordre et le contrôle aux frontières ». Londres indique également vouloir réduire les « facteurs d’attraction » qui encouragent les migrations irrégulières vers le Royaume-Uni.
Les nouvelles restrictions entreront officiellement en vigueur le 26 mars 2026, à la suite d’une modification des règles d’immigration prévue le 5 mars.
Selon les statistiques officielles du Home Office britannique, le Cameroun figure parmi les dix premiers pays africains dont les ressortissants obtiennent des visas d’études sponsorisés pour le Royaume-Uni. Entre 2018 et 2025, 3 181 visas étudiants ont été délivrés à des Camerounais, plaçant le pays à la 10e position en Afrique, loin toutefois derrière le Nigeria qui domine largement avec plus de 195 000 visas accordés sur la même période.
Visas étudiants sponsorisés accordés au Cameroun par le Royaume Uni
Année Nombre de demandes
2018 262
2019 262
2020 249
2021 437
2022 520
2023 489
2024 455
2025* 507
Top 10 des pays africains ayant obtenu des visas étudiants sponsorisés au Royaume Uni
Rang Pays Nombre total de visas
1 Nigeria 195 568
2 Ghana 23 933
3 Egypt 12 978
4 Kenya 12 805
5 Morocco 6 878
6 South Africa 4 921
7 Zimbabwe 4 398
8 Algeria 4 387
9 Uganda 3 491
10 Cameroon 3 181
Pour les ressortissants camerounais, cette décision pourrait avoir des conséquences importantes, notamment pour les étudiants souhaitant poursuivre leurs études au Royaume-Uni. Le pays figure en effet parmi les destinations privilégiées pour les formations supérieures internationales, notamment dans les domaines du management, des technologies et de la finance.
Cette évolution intervient dans un contexte global de durcissement des politiques migratoires en Europe et dans plusieurs pays occidentaux, où les gouvernements cherchent à mieux contrôler les flux migratoires tout en maintenant des dispositifs d’accueil pour les réfugiés considérés comme les plus vulnérables.
Elle pourrait également relancer le débat au Cameroun sur les dynamiques migratoires, l’attractivité des universités locales et les politiques de mobilité internationale des étudiants.
Par Digital Business Africa








