[DIGITAL Business Africa] – Le Kenya franchit une étape charnière dans sa transformation numérique. Avec près de cinq millions de smartphones déjà assemblés sur son territoire, le pays confirme son ambition de conjuguer souveraineté technologique, industrialisation locale et création d’emplois pour les jeunes. L’annonce a été faite le lundi 19 janvier 2025 par William Kabogo Gitau, secrétaire de cabinet au ministère de l’Information, des Communications et de l’Économie numérique, en marge du lancement du programme NYOTA, un dispositif stratégique de soutien en capital dédié à l’entrepreneuriat jeune.

Pour lever l’un des principaux freins à l’adoption du numérique, à savoir le coût des équipements, ces terminaux assemblés localement sont commercialisés à des prix compris entre 6 000 et 8 000 shillings kényans, soit environ 46 à 62 dollars. Une politique tarifaire volontairement agressive, pensée pour transformer la forte pénétration de la téléphonie mobile déjà supérieure à 140 % selon l’Autorité kényane des communications en un véritable levier de productivité économique et sociale.

L’objectif affiché par les autorités est de généraliser l’usage du smartphone comme porte d’entrée vers les services financiers numériques, le commerce électronique, les plateformes d’e-gouvernement et, plus largement, l’économie digitale. En toile de fond, Nairobi entend structurer un écosystème numérique endogène, moins dépendant des importations et plus résilient face aux chocs extérieurs.
Cette dynamique industrielle s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique portée par le numérique. Le secteur technologique s’impose progressivement comme un moteur de croissance, avec plus de 300 000 emplois déjà créés, selon le gouvernement, grâce aux activités d’externalisation des processus métiers (BPO) et aux plateformes numériques. Un segment que les autorités kényanes considèrent désormais comme stratégique pour absorber une partie de la pression démographique et offrir des débouchés professionnels aux jeunes diplômés.
En appui à cette trajectoire, le programme NYOTA vient d’injecter 258,4 millions de shillings kényans pour accompagner plus de 10 300 jeunes entrepreneurs dans les comtés de Nairobi, Kiambu et Kajiado. Au-delà du financement, l’initiative ambitionne de renforcer la culture de l’épargne, d’améliorer la gestion des revenus et de consolider la résilience économique des bénéficiaires.

Parallèlement, le gouvernement mise sur un renforcement massif des compétences et des infrastructures. À ce jour, environ 350 centres numériques sont déjà opérationnels dans les établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (TVET). À terme, 1 450 centres supplémentaires devraient être déployés dans l’ensemble des circonscriptions du pays afin de réduire la fracture numérique et stimuler l’innovation locale. Sur le volet des infrastructures, Nairobi prévoit le déploiement de 100 000 kilomètres de fibre optique à haut débit, un chantier d’envergure jugé essentiel pour attirer les investissements directs étrangers et soutenir le développement des activités numériques à l’échelle nationale.
En combinant assemblage local de terminaux, montée en compétences des jeunes et déploiement d’infrastructures de connectivité de nouvelle génération, le Kenya renforce son positionnement comme un pôle technologique régional, souvent qualifié de « Silicon Savannah ». Une stratégie qui vise à transformer le défi démographique en un levier de croissance durable et inclusive.
Par Loïc Souop








