Akere Muna : « C’est très important de réduire les coûts de l’Internet et cela passe par la réduction des impôts » [VIDEO]

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Akere Muna, Candidat du FPD à l'élection présidentielle du 07 octobre 2018 au Cameroun.

(Digital Business Africa) – La plateforme web TIC Mag (www.ticmag.net) qui a récemment migré vers l’appellation DIGITAL Business Africa (www.digitalbusiness.africa), magazine des décideurs consacré aux informations stratégiques sur les TIC, les Télécoms et le Numérique en Afrique, a entrepris d’interroger en interview vidéo les neuf candidats à l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 au Cameroun. Digital Business Africa les a invité à parler du numérique et à exposer leurs propositions pour un meilleur développement du numérique au Cameroun. Cinquième arrêt ce 28 septembre 2018, AKERE Muna, le candidat du FPD (Front Populaire pour le Développement, parti qui l’a investi).

Parmi ses 50 engagements pour un Cameroun meilleur, l’informatisation et la décentralisation de la collecte des impôts et taxes, mais aussi la mise en place d’un réseau d’incubateurs et d’accélérateurs pour les jeunes entreprises ainsi qu’un accompagnement technique et financier. Digital Business Africa vous propose cette interview vidéo d’Akere Muna où il expose également comment réduire les coûts de l’Internet au Cameroun et promet que le gouvernement d’Akere Muna qui comprend l’importance de ce secteur du numérique va appuyer tous les acteurs du secteur. Entretien vidéo.

Digital Business Africa : Quel est l’état des lieux que vous faites du développement de l’économie numérique au Cameroun ?

Akere Muna : Dans le numérique, l’Etat fonctionne comme s’il était forcé. Quand il y va, il ne va pas jusqu’au bout. Il se cantonne dans le volet de ce qui va marcher. Pourtant, la plupart des problèmes que nous avons aujourd’hui pourrait se résoudre par la numérisation : je parle de la corruption, l’emploi, de l’excellence, des goulots d’étranglements dans l’administration.

Je ne sais pas si c’est un manque de volonté ou c’est parce que les personnes qui gèrent ce secteur ne connaissent rien de ce secteur. On a un système parcellaire. Chacun travaille pour soi. Camtel, Campost. Il y a une autre structure qui travaille au ministère des Finances tout en étant autonome. Le Cenadi. Qui a pour tutelle le ministère des Finances, mais avant c’était à la Présidence de la République. Maintenant, ils sont supposés être autonomes, mais ont pour tutelle le ministère des Finances. Cela fait une telle confusion qu’on n’arrive pas à gérer.

Je ferai du secteur informatique un outil de lutte contre la corruption, pour la bonne gouvernance dans le secteur des marchés publics. Vous savez très bien que les Sud-coréens nous ont aidé à mettre en place un système d’e-Procurement il y a de cela deux ou trois ans. Nous attendons encore le tout premier marché public lancé dans ce système. On a même formé des gens. Je connais un monsieur qui avait été envoyé en Corée pour être formé pour cela. On attend encore le premier marché public.

Le numérique peut être un énorme gisement d’emplois. Que fait-on des jeunes de la Silicon Mountain ? Au contraire, on leur tape dessus. Mais, le pays regorge des talents en matière informatique. Ils sont exportés. On les voit un peu partout. Quasiment chaque fois que je vois un Camerounais qui grimpe à l’étranger, il est dans ce secteur. Et on ne se rend pas compte. Si ces personnes pouvaient être ramenées au Cameroun…on amenait les gens à sous-traiter.Et puis, cela va permettre d’aider notre administration. Parce que c’est impossible que la fonction publique ne soit pas interconnectée avec le ministère des Finances.

Et chaque fois, on nous parlera des emplois fictifs. Aujourd’hui, si on vous détache d’un ministère vers le secteur privé ou parapublic, vous pouvez, si vous jouez bien vos cartes, gagner deux salaires. Parce que nos systèmes ne se parlent pas. (….) Pas d’interconnexion. Ce secteur est pourtant porteur de beaucoup d’espoirs.

Digital Business Africa : Il y a quelques années, au terme d’un séminaire que vous avez organisé sur les TIC, vous avez recommandé cette interconnexion entre les administrations et départements ministériels. Avez-vous été écouté ?

Akere Muna : Pas du tout. Vous faites bien de le rappeler. Je suis convaincu que c’est sciemment qu’on le fait. Il faut cette autonomie ou chacun garde son fief. Chacun est roi chez lui. C’est aussi des péages pour la corruption. Il y a un système où je vais à la Fonction publique, on traite mon dossier, on tape ENTER, cela apparait au ministère des Finances, on tape ENTER, cela va au Trésor public, la CNPS est aussi intégrée, si on fait cela, ça va faire beaucoup de malheureux qui vivent de la corruption. La Banque mondiale le disait dans son rapport le 18 mai dernier que notre système est façonné pour multiplier les péages, pour nourrir la corruption. Qu’est qui nous amène à envoyer des gens en mission en 2018 avec plein d’argent en espèces, alors qu’ils peuvent voyager avec les cartes de crédit ? Avec cela on peut savoir combien de jours il ont passé dehors et combien ils ont dépensé.

Si on avait un système biométrique, je devais y aller, mettre ma carte, je mets le doigt, mes détails apparaissent sur l’écran et je vais voter. Mais là, vous allez voter, vous présentez votre carte, il y a une liste, on ressort votre nom, vous allez voter et on vous met m’encre indélébile. Akere Muna

Vous parlez d’élections. Quand je devais verser ma caution de 30 millions de francs Cfa. On m’a demandé d’aller au Trésor public. Pour le financement public de la campagne pour les élections, on n’a qu’à virer cela dans mon compte. Non ! Il faut que j’aille faire la queue pour prendre 15 millions de francs Cfa qui ne rime à quoi que ce soit. (….)

Pour les élections, on dit qu’on a un système biométrique. Moi, cela me fait rire. Si on avait un système biométrique, je devais y aller, mettre ma carte, je mets le doigt, mes détails apparaissent sur l’écran et je vais voter. Mais là, vous allez voter, vous présentez votre carte, il y a une liste, on ressort votre nom, vous allez voter et on vous met m’encre indélébile.

Digital Business Africa : Dans vos 50 engagements pour un Cameroun meilleur, vous proposez l’informatisation et la décentralisation de la collecte des taxes et impôts. Comment ferez-vous cela et quel sera l’intérêt ?

Akere Muna : Comme je l’ai dit tantôt, cela va lutter contre la fraude, contre la corruption. Cela nous fournira un système plus transparent des impôts afin de savoir ceux qui payent et ceux qui ne payent pas. (….) Quand ce n’est pas l’homme qui contrôle ceux qui payent et ceux qui ne payent pas, il devient impossible de procéder par un contrôle fiscal à tête chercheuse. C’est la première chose. Secondement, C’est plus facile de sortir les comptes publics. Surtout les revenus.

Donc, je pense que la première chose c’est : transparence, visibilité, organisation claire des comptes publics et permettre de voir l’évolution des encaissements. (….) Au Brésil, il y a quelque chose d’intéressant. Chaque citoyen peut voir, tous les jours, l’évolution des dépenses du budget public. Dès qu’on l’a voté, on lance un marché à la Crtv pour l’achat des camions, si cela sort du budget public, vous allez voir l’évolution. Cela évolue tous les jours. Donc, je pense que c’est quelque chose qui participe à la gouvernance électronique. e-Gouvernance, comme on dit.

Digital Business Africa : Vous insistez sur la qualité de l’Internet dans vos discours et dans votre programme, comment comptez-vous favoriser l’accès intégral de l’Internet à tous les Camerounais ?

Akere Muna : Je pense qu’il faudrait que nous nous assurions d’abord que nous avons le back frame (l’infrastructure, ndlr) qui peut porter ce que nous avons. Nous avons la fibre optique. Moi je suis abonné à la fibre optique. Ça n’a rien à y voir ! Je pense qu’à l’état actuel Camtel a la capacité de livrer et câbler tout le monde et partout avec la fibre optique, certes, qu’il vend d’ailleurs. Moi, j’ai arrêté parce que c’était même plus lent que le modem Camtel que j’avais. Donc, il faut absolument que notre système d’Internet soit revu. Vous voyagez, quand vous arrivez au Togo, à l’aéroport, vous avez l’Internet gratuit. Quand-même ! Au Kenya… Moi, j’aurais même suggéré qu’au lieu de donner aux étudiants des ordinateurs, on devait mettre sur les campus le wifi gratuit. C’est un outil de travail. Donc, je pense que dans notre pays c’est très important de réduire les coûts de l’Internet et cela passe par la réduction du taux des impôts.

Je pense que puisque c’est un secteur porteur, on est en train vraiment de vouloir tout prendre là… Les opérateurs télécoms, plus ils payent, moins ils investissent. Et on commence à voir ces dernières années que la qualité de service baisse. Parce que vous demandez à ces gens-là d’investir pour rénover et pour avoir des systèmes plus performants pour les usagers, en même temps que vous ne faites qu’augmenter les prix des licences, les prix de tout, il faut qu’ils payent. Il y a des payements qui font qu’ils ne peuvent qu’amortir dans un temps. C’est extraordinaire ! Je pense que de ce côté-là, il faudrait qu’il y ait des conditions qui leur permettent d’évoluer. A ce moment-là, il pourrait avoir des exigences. (….)

Digital Business Africa : Dans le processus de digitalisation de l’administration camerounaise, vous ferez davantage confiance aux entreprises africaines ou aux entreprises occidentales ?

Moi, j’aurais même suggéré qu’au lieu de donner aux étudiants des ordinateurs, on devait mettre sur les campus le wifi gratuit.Akere Muna

Akere Muna : Dans mon système, c’est clair. Tout d’abord, j’ai dit que dans les travaux de consultant, 30% vont être réservés aux experts camerounais. Et il faut aussi les accompagner avec les moyens de financement qui leur permettent de fonctionner. C’est bien de réserver 30% ou 50% et puis en plus qu’ils n’aient pas la capacité d’avoir ce qu’il faut. Donc, il faudrait qu’il y ait un système de financement. Dans mon projet économique, j’ai parlé de la banque nationale d’investissement qui va remplacer la SNI et la CAA. C’est une structure bancaire qui s’occupera de tout cela. (….)

Quand je parlais d’informatisation, dites-vous bien que ni nos permis de conduire, ni nos cartes d’identité, ni les cartes de séjour, ni les titres fonciers, ni les l’octroi des passeports ne sont dans un système interconnecté. Tout cela c’est Stand alone ! Stand Alone ! (Seul et autonome, ndlr). Or, maintenant, on doit avoir a Single Identify Number (un Numéro d’identifiant unique, ndlr) pour tous les citoyens que l’on retrouve partout ! Cela lutte contre la fraude, contre la corruption et cela rend la vie facile, cela rend toutes sorte d’activité facile. (….)

Ce que je prône c’est que l’Etat mette l’intérêt du peuple au centre et s’il veut le faire l’informatisation ou la numérisation est incontournable.

Digital Business Africa : Que proposez-vous aux jeunes entrepreneurs du secteur du numérique si vous êtes élu président de la République du Cameroun ?

Akere Muna : Tout d’abord, je voudrais les féliciter pour le travail qu’ils ont pu faire jusqu’ici. C’est à base à base des efforts personnels. C’est à base de leur passion. D’ailleurs, votre journal que j’ai découvert il y a quelques années (….).

Votre journal, votre entreprise qui a pris le risque et je pèse mes mots, le risque d’investir et de travailler du côté média, dans un secteur aussi pointu et méconnu par beaucoup de gens comme l’informatique. Je pense que l’Etat devait être au-devant pour aider de ce genre d’initiatives. (….) Le nom que nous avons aujoud’hui dans le secteur du numérique… J’ai vu quelqu’un, un Gabonais au Ghana qui parlait de votre journal. Que toute l’information qu’il a sur ce secteur du numérique, c’est là-dessus (dans ce journal, ndlr) qu’il les a. Je lui ai dit que je connais le Monsieur qui fait cela. Il a dit : « Vous les Camerounais, vous êtes extraordinaires ! Dans votre pays, vous faites des choses extraordinaires. Mais au fond, qu’est-ce qui arrive à votre pays ?» Je réponds : « Ah, le Cameroun, c’est le Cameroun ! ».

Donc, mon message est que le gouvernement d’Akere Muna qui comprend l’importance de ce secteur du numérique va appuyer tous les acteurs du secteur. On va s’assurer, en créant des centres d’excellence, ce que j’appelle des hubs d’excellence. Cela peut être dans le secteur agricole, dans le secteur minier, de la transformation agricole, cela peut être dans le secteur de l’informatique. Je pense qu’il devrait avoir un datacenter avec un backup, en obligeant toutes les administrations à être interconnectées par ces centres-là. Avec un back-up à la Silicon Mountain. Parce que, dites-vous bien, où est-ce qu’on garde les informations de l’Etat ?

J’ai entendu quelque chose d’extraordinaire. Qu’un Monsieur qui était enfermé à la prison de Kondengui, pour faire fonctionner le logiciel de paiement de salaire, il a fallu qu’on aille le chercher parce qu’il était la seule personne qui connaissait comment faire payer les Camerounais. Qu’est-ce que c’est que çà ? Donc, mon message à vous tous qui êtes dans ce secteur, persévérez, l’aide arrive, dès le 07 octobre !

Propos recueillis par DIGITAL Business Africa


Ce que AKERE MUNA propose dans son projet de société (ses 50 engagements pour un Cameroun meilleur) dans le volet TIC

Présence sur les réseaux sociaux d’AKERE Muna

Point fort : Sur Facebook et sur Twitter, ses comptes sont assez interactifs avec les internautes. Ce qui n’est pas l’apanage de tous les candidats.

Point faible : Pas assez d’amis et de followers pour ses comptes Facebook, Twitter et YouTube. Sur Facebook, en terme d’abonnés ; il occupe le quatrième rang derrière Paul Biya, Serge Espoir Matomba, et Joshua Osih. Probablement à cause de l’annonce récente (il y a un an) de sa candidature à la tête de l’Etat.


Prochain candidat : Prophet Frankline Ndifor du parti MCNC. Rendez-vous sur DIGITAL Business Africa (www.digitalbusiness.africa)


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