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AITEX 2018 : Les principaux défis du Maroc dans la mise en place de l’e-Gov, selon Saloua Karkri-Belkeziz

[Digital Business Africa] – La troisième édition du Salon Africa IT Expo, baptisé AITEX, s’est tenue à Rabat au Maroc du 04 au 05 octobre 2018. 20 pays dont 10 africains, 50 experts et conférenciers du secteur du numérique, 150 start-up sélectionnées dans le cadre du concours STARTEX et plus de 1.000 participants se sont réunis autour du thème : « quel digital pour l’Afrique ? ».

En marge de ce salon AITEX, Saloua Karkri-Belkeziz, la présidente de l’APEBI, la Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring, présente quelques défis du Maroc dans la mise en place de la gouvernance électronique. En général, la présidente de l’Apebi, qui organise ce salon AITEX avec le soutien du ministère de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique dirigé par Moulay Hafid Elalamy, affirme que le Maroc prend du retard dans la mise en place de l’e-Gov. Ceci même si elle reconnaît que certains efforts remarquables sont faits.

Parmi ces efforts, une expérience de la direction générale des Impôts et de la conservation foncière. Mais avant, quels sont les chiffres de pénétration des TIC au Maroc ? L’ANRT, le régulateur télécoms, a tout récemment publié les chiffres de l’appropriation des TIC au Maroc. Parmi ces chiffres, l’on apprend que le taux de pénétration de la téléphonie mobile au Maroc est 92% et 60% des foyers marocains sont connectés à l’Internet.

Briser la fracture numérique géographique

« Au Maroc, nous sommes précurseur dans la réforme de la téléphonie mobile depuis les années 80. Aujourd’hui, nous commençons à prendre du retard quant à l’usage des services numériques. Il faut faire un effort pour développer les services à l’usager, continuer les réformes du secteur télécoms et renforcer l’infrastructure télécoms qui doit être encore plus puissante pour pouvoir couvrir l’ensemble du territoire national », constate cependant la présidente de l’APEBI.

Le plus important, rappelle Saloua Karkri-Belkeziz, c’est ce qu’on fait de ces 92% de taux de pénétration de la téléphonie mobile. C’est-à-dire le service offert au citoyen. Aussi, par rapport aux 60% de taux d’accès à l’Internet dans les ménages, la répartition entre le pourcentage d’accès en zone rurale et en zone urbaine n’est pas égale. D’où sa proposition de lutter contre la fracture géographique dans le secteur du numérique en démocratisant l’accès à l’Internet et l’accès aux équipements.

« Et nous n’avons pas de plateforme numérique nationale. C’est comme si au Maroc on avait une route, mais nous n’avons pas de voiture pour rouler sur cette route », indique la présidente de l’APEBI. Quelques voitures ont néanmoins commencé à rouler sur cette route digitale, reconnaît Saloua Karkri-Belkeziz : « Une expérience intéressante de digitalisation de l’administration, la direction générale des Impôts et la conservation foncière qui ont digitalisé leur service et partagé leurs données. Maintenant par exemple, vous pouvez avoir une alerte quand quelqu’un va se renseigner sur le titre foncier de votre terrain. C’est très important… Il y a un projet de géolocalisation qui permettra de faire le rapprochement entre le terrain, la consommation d’eau, la consommation d’électricité et la déclaration que fait le citoyen à la DGI »

En effet, le nouveau plan économique et social validé par tous les Marocains et par Sa Majesté, le Roi Mohamed V, prescrit la transformation digitale des administrations et des PME.

Dans son discours du 30 juillet, rappelle la présidente de l’Apebi, Sa majesté le Roi a explicitement demandé qu’une administration ne réclame plus au citoyen ou à une entreprise un document qui est en possession d’une autre administration. En d’autre termes qu’il y ait échange et partage des données entre les administrations. Elle relève que cette plateforme de partage d’informations et de données qu’on appelle le Gateway existe. Elle a été développée par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie numérique. Mais, seule quelques administrations les utilisent. « Il faut une loi pour obliger les administrations à partager les informations. Et je pense que c’est en cours d’étude. Et cela fait partie des missions de l’Agence du développement du digital (ADD) créée en août 2017. Fédérer et mutualiser toutes ces données. Son premier conseil d’administration a lieu en décembre et elle opère déjà avec une équipe et un plan d’actions. Et au niveau de l’AITEX, nous travaillons ensemble », explique Saloua Karkri-Belkeziz.

Après la volonté publique, il faut une implication personnelle des acteurs et décideurs principaux de l’administration. Car, observe-t-elle, l’engagement des acteurs publics dans le processus de transformation digitale n’est pas la même.

La formation et la fuite des cerveaux

Le Maroc fait face au problème de l’exode de ses compétences vers des pays de l’occident. Pour Saloua Karkri-Belkeziz, le numérique marche sur deux piliers : les infrastructures et les ressources humaines. La formation est donc très importante. « Nous n’avons pas mal d’écoles qui ont chaque année des lauréats en informatique. Mais, depuis un ou deux, l’APEBI a été la première à tirer la sonnette d’alarme en disant attention, il y a un départ massif d’ingénieurs informaticiens marocains et tunisiens vers l’Europe et vers la France qui accélèrent leur transformation digitale », alerte-t-elle.

La présidente de l’Apebi rappelle que France a par exemple instauré le passeport talent qui permet aux entreprises françaises de venir recruter en masse au Maroc et en Afrique. « Les entreprises françaises offrent à nos experts la carte de séjour, le visa, etc. Ils vont même jusqu’à prendre en charge leur hébergement afin de faciliter leur intégration. C’est bien que ces jeunes aillent profiter de l’expérience ailleurs et reviennent dans leur pays avec une expérience mature. Mais, ce que nous disons au niveau de l’APEBI, c’est qu’il faut accélérer la formation des jeunes, adopter des formations de courtes durée. Il y a des écoles privées qui ont des promotions de 40 à 50 étudiants et 90% parmi eux partent dès qu’ils obtiennent leur diplôme. Il faut accélérer les formations. Si l’Etat marocain formait 1000 jeunes par an dans ce domaine du numérique, cela allait être bien et ces jeunes auront des débouchés », explique-t-elle.

En effet, les professionnels du secteur du numérique, les entreprises, les banques, les départements ministériels, tous sont preneurs d’une main d’œuvre qualifiée, argumente la présidente de l’Apebi. Encore que le contexte s’y prête. « Surtout quand on a des projets aussi complexes. Nous avons un énorme projet qui va bientôt démarrer au Maroc, un projet de registre social unifié qui a été lancé il n’y a pas longtemps. Il va être basé sur une application open source indienne. C’est l’expérience indienne qu’on importe et que nous devons adapter à notre contexte marocain. C’est un projet qui va demander des milliers de jours d’application. Avec une gestion de projet très complexe. On a donc besoin au Maroc des compétences humaines au niveau du digital, dans tous les métiers du digital. Tous les organismes et administrations qui un rapport avec le social seront impliqués dans ce projet. Il y a donc besoin de compétences », argumente la présidente.

Dernier point à prendre en considération pour une meilleure transformation numérique du Maroc, tirer le bénéfice de l’expérience des autres. C’est dans ce sens que le Rwanda et le Bénin ont été les pays invités d’honneur de cette troisième édition du salon AITEX. Le Rwanda, parce que c’est un pays qui s’est développé grâce au numérique et le Bénin, parce que les start-up de ce pays font des choses extraordinaires. Il était donc nécessaire d’inviter ces deux pays pour tirer profit de leurs expériences.

C’est en prenant en compte toutes ces recommandations que le Maroc pourrait réussir au mieux sa transformation digitale.

Par Beaugas-Orain DJOYUM, à Rabat

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